Noces barbares

22 juin, 2014 (08:36) | Articles | By: HitSpot

Noces barbares Les ingrédients de l’intrigue la plus noire sont réunis dans le roman de Yann Queffélec, dont s’inspire ici Marion Nansei, qui avait auparavant réalisé « Dust » avec Jane Birkin : victime d’un viol crapuleux, une jeune fille refuse d’en accepter le fruit, cet enfant qui lui rappellera toujours sa mésaventure et qu’elle traite comme un animal domestique. Dans le livre, c’est surtout la famille qui impose et organise l’exclusion du bâtard, symbole de déshonneur. Marion Nansei a dû élaguer dans ce background « social » pour mieux cadrer son film sur la relation de la mère indigne, prématurément aigrie par le malheur qui a gâché sa vie, et l’enfant innocent qui, envers et contre tout, quête désespérément l’amour qu’elle lui refuse. Les scènes poignantes, parfois atroces, ne manquent pas. Heureusement, Marion Hanse’ les traite avec une sobriété qui n’est pas de la sécheresse, mais qui contient l’émotion. D’autres auraient surenchéri sur les crises et les cris. Ici, tout est feutré, comme pour souligner l’inconscience de la cruauté même. L’interprétation, heureusement, évite la théâtralité qui guettait ce sujet périlleux. Une mention particulière à Marianne Basler elle parvient à préserver toute la complexité et l’ambiguïté de ce personnage de victime qui se fait bourreau pour mieux exorciser la mémoire.

Les frères Karamazov

Les frères KaramazovCe serait une gageure de vouloir résumer l’immense roman de Dostoïevski, qui se déroule en Russie, à Ryevsk, en 1870. C’était d’ailleurs une gageure encore plus audacieuse d’en faire un film, où Yul Brynner, encore marqué par le pharaon Ramsès des « Dix Commandements », incarne Dimitri Kara-mazov, entraîné dans un thriller métaphysique pour les beaux yeux noirs de la douce Katya. Tout commence par une sombre histoire d’argent, de dettes de jeu et de détournement de fonds appartenant à l’armée du tsar. Pour sauver le père de Katya, Dimitri doit trouver 5 000 roubles ! Une fille de mœurs légères, Grushenka (Maria Schell) tourne la tête de Dimitri alors que le père Karamazov a décidé de l’épouser. Entre la brune et la blonde, les trois frères et le père, une tragédie se noue, âpre et tourmentée, comme il n’y en a que dans les romans russes : le vieux père est assassiné, Dimitri est accusé. Echappera-t-il au poids écrasant de la culpabilité, thème dominant de Dostoïevski ? Projeté à Cannes, le film de Richard Brooks, honnête artisan du cinéma américain, fut sifflé et qualifié de « prétentieuse superproduction… mascarade… music-hall… » par une critique pressée. Trente ans après, l’affaire mérite d’être entendue à nouveau. Dans son livre sur Richard Brooks (Editions du Chêne), Patrick Brion défend ardemment le film en nous révélant au passage qu’il devait, au départ, être interprété par Marion Brando et Marilyn Monroe dans les rôles de Yul Brynner et Maria Schell…

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