Les neuf vies de Peter Coyote

22 juin, 2015 (08:10) | Articles | By: Vero

«Peter Coyote vient de nulle part et y retourne peu à peu. C’est ma réponse standard. Elle résume bien ma vie…». Peter Coyote semble, en fait, venir d’ailleurs : quand il parle, il s’explique avec élégance ; il est cultivé, courtois et a vécu plusieurs vies. Acteur ? Une vie entre d’autres… Dans Un Homme amoureux de Diane Kurys, il joue le rôle de Pavese, écrivain italien qui mit un point final à son existence avec une balle de pistolet, devant le désespoir que lui inspirait la montée du fascisme.Peter Coyote Grand, voûté, la voix pleine d’orages, les yeux gris, Peter Coyote est devenu, en quelques années, l’un des acteurs les plus en vue de Hollywood. Il est pourtant le contraire d’une star : discret, introverti, presque secret, il fuit la foule et s’absorbe dans son travail. «Mon père, Morris Cohon, était importateur de bétail, plus précisément de Charolais. C’était une race interdite aux États-Unis. Donc, il peignait de larges taches noires sur le dos des bêtes, leur faisait franchir le Rio Grande… Et les taches déteignaient !». Capitaliste de gauche, le père de Peter Coyote était aussi jazzman : «Chez nous, le week-end, il y avait Buddy Rich, Charlie Parker, des cow-boys… C’était une atmosphère stimulante, drôle, enfiévrée. Il y avait toujours des joutes intellectuelles». A dix-sept ans, Peter Cohon, qui n’a pas encore trouvé son animal fétiche (le coyote), s’enfuit. Il a envie de vivre l’aventure. Deux mois plus tard, il se retrouve en prison au Nouveau Mexique. «J’avais huit kilos de marijuana sur moi». Son père intervient. Peter rencontre le bouddhisme, et prend la route, juste avant que ce n’en soit la mode. « J’ai fait partie d’une église qui communiquait avec Dieu grâce aux champignons hallucinogènes. Là, l’univers s’est révélé à moi…». En 1964, il est à San Francisco. Encore une fois, il précède la mode : Peter Coyote essaie de faire du théâtre avec le Mime Group. Discours idéologiques, révolution à tous les étages : ça bouge. «Mais l’égoïsme était trop fort. Chacun voulait percer. Ce n’est pas ce dont je rêvais. Je suis parti». En 1967, il fonde une troupe nommée The Diggers. Ceux-ci, qui s’inspirent des Communards de Paris (les vrais, ceux de 1870, pas les chanteurs), jouent gratuitement, encouragent le vol, n’ont qu’un mot à la bouche : «Free» (au choix : libre ou gratuit). «C’était formidable. On nourrissait huit cents personnes par jour, on avait un prisunic à nous, on cach.P2t les déserteurs de la guerre du Viêt-Nam…». The Diggers font partie de l’histoire de la contre-culture. Peter Coyote, alors, va plus loin : il rencontre les Hell’s Angels, et devient frère ce sang. Pendant deux ans, il roule en moto : «Les Hell’s étaient, pour moi, les nouveaux guerriers». Au bout de deux ans, il s’installe dans la forêt. Son meilleur ami meurt d’une overdose. Peter Coyote troque des turquoises avec les Indiens du Sud de la Californie, vend des animaux empaillés, et disparaît pendant dix ans dans la nature. Il se drogue : « A mon troisième cas d’hépatite, j’ai failli mourir. Un docteur indien, Rolling Thunder, m’a sauvé… Et j’ai regardé autour de moi. Tous mes amis étaient morts… «Overdose, overdose». Deux ans plus tard, retour à la lumière : Peter Coyote émerge de sa forêt, et devient patron du California State Arts Council, sous la direction de Jerry Brown, le gouverneur progressiste. «J’ai géré un budget de treize millions de dollars, et ça me plaisait. J’arrivais à convaincre tout le monde… Mais il fallait que je change encore». Sa voie est toute trouvée : acteur. Il a trente-cinq ans.«Etre comédien, c’est dire la vérité. Ne jamais faire semblant. Le travail d’acteur consiste à trouver des sentiers pour croire aux sentiments qu’on interprète». En 1980, Peter Coyote engage son premier agent. En cinq ans, il tournera vingt-cinq films : Sans retour, de Walter Hill, E. T. de Steven Spielberg, A double tranchant de Richard Marquand, Heart-break, Crosscreek… Il lit, il écrit, il signe des pièces, il invente des scénarios. Fasciné par Marion Brando, il dévore toutes les biographies du personnage : «Pourquoi est-il devenu un zeppelin ?» Peter Coyote est un mutant, il a neuf vies, et le cinéma n’en est qu’une. Pour le reste, il croit aux miracles : «Tout est miracle. Nous sommes les seuls êtres doués de parole, nous pouvons regarder les étoiles, nous sommes debout… Tout est miracle. Même le fait que nous nous soyons rencontrés pour cette conversation…».

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