décembre 14, 2014

Le paradisque perdu

Par HitSpot

On affirme ainsi qu’une cinquantaine de titres sont contaminés. Soit plusieurs milliers de vidéodisques. Pioneer, de loin le fabricant le plus important, refuse de donner des chiffres précis. Mais on sait qu’entre octobre 1985 et mai 1986, la société a accepté d’en remplacer vingt mille ! «Le jour où notre attention a été attirée sur ce problème, raconte M. Ken Kai, vice-président de Pioneer, nos employés ont vérifié chaque disque dans tous nos entrepôts. Et à chaque fois que nous avons découvert des défauts, nous y avons remédié». En dépit des promesses officielles, de nombreux laserophiles sont inquiets et craignent que leur collection de disques ne résiste pas à l’épreuve du temps. Surtout que, lorsque vous achetez un disque, rien n’indique s’il conservera ou non la même qualité de son et d’image au fil des ans. Les disques «cariés» ne se distinguent en rien des autres et ce n’est qu’au bout de plusieurs passages, que la neige colorée commence à faire son apparition.

Causes et remèdes

Les origines de «la carie du laser» sont difficiles à déterminer. Pioneer a avancé plusieurs explications. Mauvaise qualité de la colle : Les disques lasers sont, en effet, fabriqués en deux parties qui sont ensuite collées ensemble. A l’intérieur de chaque disque, c’est la couche d’aluminium qui joue le rôle de réflecteur et permet au rayon laser de « lire » les sillons microscopiques imprimés à la surface. Selon M. Ken Kai, un lot de colle de mauvaise qualité aurait été utilisé par inadvertance. Au lieu de rester chimiquement inerte et d’agir comme un agent de liaison neutre, elle aurait ainsi, commencé une réaction en chaîne et conduit à une détérioration, en profondeur, du disque. «Maintenant, affirme M. Kai, nous vérifions les colles et les autres matériaux, comme les plastiques, et nous fabriquons les faces A et B sur la même machine. Le problème semble donc résolu.» Mauvaise qualité de l’eau : Autre explication : la colle aurait été mélangée à de l’eau contaminée, que l’on utilise pour nettoyer les estampeuses de métal à l’issue du processus de gravure. «Aujourd’hui, reprend M. Kai, l’eau est purifiée à 1 10%, dé-ionisée, et contrôlée quotidiennement.» Dans les deux cas, l’aluminium se transformait en oxyde d’aluminium. La quantité de métal pur, restant pour réfléchir le rayon laser, diminuait en proportion. D’où une perte progressive du signal bruit audio-vidéo. L’explication de M. Kai rejoint celle donnée par un autre fabricant qui, lui, parle d’un problème d’oxydation. Quand le fer est exposé à l’air, il s’humidifie puis rouille et s’oxyde. La rouille, ce n’est rien d’autre qu’une simple couche rouge et superficielle appelée oxyde de fer. De la même manière, si vous mordez dans une pomme et que vous la mettez de côté pendant quelques minutes, il va rapidement se former, sur la chair blanche, une couche peu appétissante de rouie s organique. En quelques heures, la pomme va ainsi se pourrir. C’est exactement ce qui se passe à l’intérieur d’un vidéodisque contaminé. Les matériaux : Il ne semble pas que les matières premières puissent être mises en cause, les problèmes apparaissant aussi bien sur les disques fabriqués aux États-Unis que sur ceux pressés au Japon. Pour autant, M. Kai et Pioneer se sont engagés à améliorer les techniques de fabrication, d’autant que les laserophiles sont des collectionneurs exigeants.