Aux portes de l’enfer

6 avril, 2015 (08:51) | Articles | By: Vero

Né au début des années trente avec Dracula et Frankenstein, (voir notre entretien avec Sam Fuller le mois dernier), le cinéma d’horreur est un genre qui a subi de nombreuses fluctuations. Après avoir exploité à outrance les mythes de départ (jusqu’à faire rencontrer, dans un même film, Frankenstein, Dracula et le loup-garou), il s’est un peu perdu dans des histoires répétitives de criminels sadiques ou de monstres sanglants. A la fin des années cinquante, le cinéaste anglais Terence Fisher lui donnait un nouvel essor en réinjectant du sang frais dans les mythes de Dracula et Frankenstein. Avec lui, la souffrance physique devenait un thème de prédilection du genre, et l’horreur basculait dans la cruauté. Peu après, en Amérique, Roger Corman revenait lui aussi aux sources, avec ses illustrations hautes en couleurs des nouvelles d’Edgar Poe. Retour au romantisme et à la distanciation shakespearienne. La censure, toujours vigilante, contrôlant d’assez près les débordements d’hémoglobine. Puis vint-la

AUX PORTES DE L’ENFER«Société libérale avancée» : l’érotisme bifurqua vers le X, et l’horreur n’hésita plus à renchérir sur les effets spéciaux : chairs éclatées ou décomposées, geysers de sang, cannibalisme bien rouge, mutilations en tous genres et un univers composé de monstres plus dégueulasses» les uns que les autres. Après Cannibal Holocaust et ses suites, le public se sentit des troubles de digestion. Le gore à outrance surprenait moins et le désir d’aller toujours plus loin débouchait sur la complaisance, comme dans les films de Lucio Fulci. Le Festival d’Avoriaz 88 a marqué un net renversement des tendances. La violence et le sang sont toujours là, bien sûr, et les effets spéciaux spectaculairement révulsants n’ont pas été mis au placard. Mais nous sommes revenus à une dimension humaine. Derrière toutes ces histoires de meurtres, de possession, de sang, se cachent des sentiments très forts. L’amour et le désir mènent la danse. Et c’est ainsi que Near Dark, de Kathryn Begelow, un film de vampires à la Bonnie and Clyde, devient une variation sur le thème d’Orphée ; que Prince des ténèbres, de John Carpenter débouche sur une explication séduisante du mythe de Satan ; que Le pacte, du nouveau maître de l’horreur, Clive Barker, hausse au niveau métaphysique, une banale histoire d’adultère ; que Chinese Ghost Story mêle le kung-fu aux légendes des amants immortels ; que Hidden de Jack Sholder (qui a remporté le Grand Prix) est un horreur-polar mené à cent à l’heure et doublé d’une histoire d’amitié et d’amour particulièrement émouvante. Et comme, d’autre part, l’horreur est toujours un des domaines les plus fertiles en vidéo, OKP a cru bon de faire le point en laissant la parole à quatre représentants du genre : Donald Pleasence, parce qu’il est l’acteur idéal pour ce type d’histoires ; Larry Cohen, parce qu’il a contribué à renouveler le genre avec des histoires très originales ; Jack Sholder, parce qu’il vient de remporter le Prix à Avoriaz ; et Clive Barker, parce que Stephen King dit de lui qu’il est «l’horreur du futur».

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