Power, les coulisses du pouvoir (Power )

13 août, 2015 (08:18) | Articles | By: Vero

Power, les coulisses du pouvoirPete St John fabrique les stars de la politique. Leur image importe plus que le message. «Quand vous serez élu, vous ferez ce que vous voudrez, dit-il à ses clients. Mais, en attendant, vous devez m’obéir en tout.» Résultat : un taux d’échec proche du zéro absolu. Pourtant, cet homme, sans scrupule et sans idéologie, va être contraint de faire un choix douloureux lorsqu’il apprendra qu’il assure la promotion d’un candidat qui fait chanter son meilleur ami… Sidney Lumet semble avoir perdu son sens de la mesure. Ici, il enfonce goulûment les portes ouvertes, sans jamais faire dans la dentelle et ses personnages ne sont que de piètres pantins désarticulés qui se débattent sans jamais convaincre. Décevant, pour le moins.

Un homme amoureux

Steve Elliott, star américaine, arrive à Cinecitta pour y tourner un film sur Pavese. Il tombe amoureux de sa partenaire, Jane, qui incarne le dernier amour et le dernier échec de Pavese. C’est un mélodrame, qui se veut flamboyant, avec, en arrière-plan, le destin d’un des plus grands auteurs italiens du xx- siècle. Diane Kurys ne manque pas d’élégance dans sa mise en scène, mais n’arrive guère à dépasser les conventions d’une histoire d’adultère finalement fort banale. Peter Coyote perd beaucoup au doublage. Reste une très belle photo et la prestation (courte, mais choc) de Jamie Lee Curtis.

Hanoï Hilton (The Hanoi Hilton)

The Hanoi HiltonGuerre du Viêt-Nam. Prison Hoa Lo à Hanoï. En 1964, le commandant Williamson est interrogé par le major Ngo Doc, chef du camp, et apprend qu’il sera considéré comme criminel de guerre, les USA n’ayant pas déclaré la guerre officiellement au Viêt-Nam. A moins qu’il n’accepte de «coopérer». Le commandant refuse. Dès lors, commencent pour lui et ses hommes, les tortures et les humiliations. Cet hommage aux prisonniers de guerre américains au Viêt-Nam n’est pas revanchard comme les films de Chuck Norris ou Stallone.

Le réalisateur tient simplement à rappeler que des soldats ont été traités comme des criminels, victimes de jeux politiques troubles. Ce témoignage, sur un aspect traité jusque-là de façon caricaturale, est passionnant.

Levy et Goliath

26 juillet, 2015 (08:15) | Articles | By: Vero

Moïse Lévy, ouvrier diamantaire à Anvers, est un juif traditionnaliste. Son frère Albert, qui a rompu avec la tradition, tient un café à Paris et a commis le «crime» d’épouser une goy. Les frères ne se sont pas revus depuis six ans, lorsque Moïse, à la suite d’une méprise, est poursuivi par Goliath, chef d’un gang de la drogue, et se réfugie chez Albert. Et revoilà Gérard Oury dans son «trip» habituel : sensibiliser le public aux problèmes de racisme et de tolérance par le biais de la comédie. A part une séquence catastrophique (l’accéléré dans les usines Renault), le film a du rythme et de l’invention, et se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Anconina et Boujenah sont excellents.

Tant qu’il y aura des femmes

Tant qu'il y aura des femmesScénariste, Sam adore les femmes et ne sait pas rompre. Vanessa, mère de ses enfants, vit avec un peintre et il en est jaloux. Elodie, sex-symbol et sa maîtresse actuelle, lui fait peur lorsqu’elle parle mariage et enfants. Sa situation se complique lorsqu’il rencontre Joanna, chef de clinique et médecin du monde. Premier film réalisé par Didier Kaminka, scénariste-dialoguiste très connu. Le film a les qualités de son auteur : il est drôle et sentimental. Roland Giraud campe avec humour un Candide moderne, entouré de bien jolies femmes.

Les 3 amigos (Three amigos)

L’auteur des Blues Brothers ne cesse de décevoir et cette faible parodie des Sept mercenaires n’est pas vraiment une bonne surprise. Reste quand même le trio d’acteurs, qui force la sympathie, et quelques trouvailles réjouissantes (le «buisson chantant»).

NOTRE SELECTION K7

11 juillet, 2015 (08:13) | Articles | By: Vero

Réalisé par Richard Fleisher, qui a, à son actif, les plus grandes réussites du genre (Les Vikings, Bandido Caballero), 20 000 lieues sous les mers a reçu les Oscars du meilleur décor et des meilleurs effets spéciaux. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les acteurs soient secondaires. James Mason campe, notamment, un extraordinaire capitaine Nemo, modèle même de l’aventurier misanthrope et déchiré. Un chef-d’œuvre. Mais, avec le pan and scan, le combat avec la pieuvre ressemble à une bagarre de langoustines.

La ballade de Murphy

Emma vient de divorcer. Elle s’installe dans un ranch, en Arizona, avec son fils, bien décidée à s’en sortir sans l’aide de personne. Mais, dès le départ, rien ne marche comme prévu. Le ranch est en piteux état, les cow-boys de la région n’apprécient guère qu’une femme se mêle d’élevage de chevaux et son fils s’ennuie de son père. C’est alors qu’Emma rencontre Murphy, un homme d’âge mûr qui passe pour être un original. Ce très beau film, émouvant, sensuel et brillamment interprété, souffre, hélas, d’un doublage qui se moque du monde. Messieurs les doubleurs, apprenez que les femmes ne portent pas des brassières (!) mais des soutiens-gorge, que les mauvais conducteurs ne reçoivent pas des tickets (!!) mais des contraventions. Le tout à l’avenant. Alors, que malgré ce massacre organisé, nous aimions encore le film, tient du miracle.

Beyond therapy

Beyond therapyGrâce à une petite annonce, Bruce et Prudence ont pris rendez-vous dans un restaurant français de New York. Les jeunes gens ont du mal à communiquer et s’éclipsent chacun chez leur psychologue. Prudence chez Stuart, un macho ridicule, et Bruce chez Charlotte, une femme mûre et fatiguée. Adaptant une pièce de théâtre, Robert Altman revient à son goût de la satire et se moque allègrement de la psychothérapie-manie américaine. Il est aidé par d’excellents comédiens. Mais on peut également trouver la farce assez laborieuse et le cloisonnement du théâtre, traité ici de façon fort peu cinématographique. Pour Altmaniens inconditionnels uniquement.

Les neuf vies de Peter Coyote

22 juin, 2015 (08:10) | Articles | By: Vero

«Peter Coyote vient de nulle part et y retourne peu à peu. C’est ma réponse standard. Elle résume bien ma vie…». Peter Coyote semble, en fait, venir d’ailleurs : quand il parle, il s’explique avec élégance ; il est cultivé, courtois et a vécu plusieurs vies. Acteur ? Une vie entre d’autres… Dans Un Homme amoureux de Diane Kurys, il joue le rôle de Pavese, écrivain italien qui mit un point final à son existence avec une balle de pistolet, devant le désespoir que lui inspirait la montée du fascisme.Peter Coyote Grand, voûté, la voix pleine d’orages, les yeux gris, Peter Coyote est devenu, en quelques années, l’un des acteurs les plus en vue de Hollywood. Il est pourtant le contraire d’une star : discret, introverti, presque secret, il fuit la foule et s’absorbe dans son travail. «Mon père, Morris Cohon, était importateur de bétail, plus précisément de Charolais. C’était une race interdite aux États-Unis. Donc, il peignait de larges taches noires sur le dos des bêtes, leur faisait franchir le Rio Grande… Et les taches déteignaient !». Capitaliste de gauche, le père de Peter Coyote était aussi jazzman : «Chez nous, le week-end, il y avait Buddy Rich, Charlie Parker, des cow-boys… C’était une atmosphère stimulante, drôle, enfiévrée. Il y avait toujours des joutes intellectuelles». A dix-sept ans, Peter Cohon, qui n’a pas encore trouvé son animal fétiche (le coyote), s’enfuit. Il a envie de vivre l’aventure. Deux mois plus tard, il se retrouve en prison au Nouveau Mexique. «J’avais huit kilos de marijuana sur moi». Son père intervient. Peter rencontre le bouddhisme, et prend la route, juste avant que ce n’en soit la mode. « J’ai fait partie d’une église qui communiquait avec Dieu grâce aux champignons hallucinogènes. Là, l’univers s’est révélé à moi…». En 1964, il est à San Francisco. Encore une fois, il précède la mode : Peter Coyote essaie de faire du théâtre avec le Mime Group. Discours idéologiques, révolution à tous les étages : ça bouge. «Mais l’égoïsme était trop fort. Chacun voulait percer. Ce n’est pas ce dont je rêvais. Je suis parti». En 1967, il fonde une troupe nommée The Diggers. Ceux-ci, qui s’inspirent des Communards de Paris (les vrais, ceux de 1870, pas les chanteurs), jouent gratuitement, encouragent le vol, n’ont qu’un mot à la bouche : «Free» (au choix : libre ou gratuit). «C’était formidable. On nourrissait huit cents personnes par jour, on avait un prisunic à nous, on cach.P2t les déserteurs de la guerre du Viêt-Nam…». The Diggers font partie de l’histoire de la contre-culture. Peter Coyote, alors, va plus loin : il rencontre les Hell’s Angels, et devient frère ce sang. Pendant deux ans, il roule en moto : «Les Hell’s étaient, pour moi, les nouveaux guerriers». Au bout de deux ans, il s’installe dans la forêt. Son meilleur ami meurt d’une overdose. Peter Coyote troque des turquoises avec les Indiens du Sud de la Californie, vend des animaux empaillés, et disparaît pendant dix ans dans la nature. Il se drogue : « A mon troisième cas d’hépatite, j’ai failli mourir. Un docteur indien, Rolling Thunder, m’a sauvé… Et j’ai regardé autour de moi. Tous mes amis étaient morts… «Overdose, overdose». Deux ans plus tard, retour à la lumière : Peter Coyote émerge de sa forêt, et devient patron du California State Arts Council, sous la direction de Jerry Brown, le gouverneur progressiste. «J’ai géré un budget de treize millions de dollars, et ça me plaisait. J’arrivais à convaincre tout le monde… Mais il fallait que je change encore». Sa voie est toute trouvée : acteur. Il a trente-cinq ans.«Etre comédien, c’est dire la vérité. Ne jamais faire semblant. Le travail d’acteur consiste à trouver des sentiers pour croire aux sentiments qu’on interprète». En 1980, Peter Coyote engage son premier agent. En cinq ans, il tournera vingt-cinq films : Sans retour, de Walter Hill, E. T. de Steven Spielberg, A double tranchant de Richard Marquand, Heart-break, Crosscreek… Il lit, il écrit, il signe des pièces, il invente des scénarios. Fasciné par Marion Brando, il dévore toutes les biographies du personnage : «Pourquoi est-il devenu un zeppelin ?» Peter Coyote est un mutant, il a neuf vies, et le cinéma n’en est qu’une. Pour le reste, il croit aux miracles : «Tout est miracle. Nous sommes les seuls êtres doués de parole, nous pouvons regarder les étoiles, nous sommes debout… Tout est miracle. Même le fait que nous nous soyons rencontrés pour cette conversation…».

Clive Barker

10 juin, 2015 (08:07) | Articles | By: Vero

Stephen King l’a dit, l’a écrit et l’a signé : Clive Barker est, à lui seul, le futur de l’horreur. Mais cet écrivain génial, auteur des Livres de sang ne se contente pas du roman. Il est passé derrière la caméra pour nous livrer son sulfureux Hellraiser (Le pacte), dont nous parions qu’il fera un triomphe en vidéo.«L’enfer me fascine bien plus que le paradis»

OKP

- Qu’est-ce qui vous a amené au domaine de l’horreur ?

Clive BarkerClive Barker

- Je ne sais pas. Disons que l’éducation vous apprend à croire en la réalité, et que cela n’a jamais marché avec moi. J’ai toujours été attiré par le fantastique, que ce soit en littérature ou au cinéma.

OKP

- Citez-moi quelques noms…

C.B.

- Au cinéma, Les yeux sans visage de Georges Franju, Kwaidan de Kobayashi, et La nuit sur le mont chauve, extrait du Fantasia de Disney. En littérature, Edgar Poe, Melville (Moby Dick, chef-d’œuvre du fantastique), Machen. En peinture : Bosch, Goya, Max Ernst et William Blake.

OKP

- Le pacte marque le renouveau du film d’horreur anglais. Dans quel sens ?

C.B.

- Il ne fait pas uniquement peur avec des moyens grossiers, comme la minable série des Vendredi 13. L’horreur est plus profonde ; elle correspond à l’idée de péché et de damnation. Le pacte est avant tout une histoire d’amour, très sexuelle, entre un mort et une vivante. Je crois qu’un film d’horreur est subjectif avant tout. Les «sentiments que je décris font peur à certains, par leur violence et leur excès. D’autres sont émus par eux.

OKP

- Pourquoi êtes-vous passé à la mise en scène ?

C.B.

- Parce que j’ai vendu deux sujets au cinéma, qui ont été massacrés par un certain George Pavlou (note : les deux films viennent de sortir chez Vestron). J’ai eu affaire à des opportunistes qui se souciaient peu de mon travail. Alors, vous faites comme le dit Woody Allen : «Prends l’oseille et tire-toi».

Jack Sholder

24 mai, 2015 (08:04) | Articles | By: Vero

Jack SholderJack Sholder vient, à 32 ans, de remporter le Grand Prix du Festival d’Avoriaz avec Hidden. Auparavant, il avait tourné deux films d’horreur : Alone in the Dark (inédit en salles, mais disponible en cassette) et La revanche de Freddy, second épisode de la saga des Griffes de la nuit.

OKP

- Comment êtes-vous devenu cinéaste ?

Jack Sholder

- Je voulais être joueur de trompette classique, mais je n’étais pas assez bon pour cela. J’ai pensé à devenir écrivain. Finalement, à l’université, j’ai réalisé des courts-métrages, qui m’ont valu des prix. Je suis devenu spécialiste des films-annonces. Et un jour, j’ai eu l’idée d’une bande de « psychos » évadés d’un asile psychiatrique, en liberté dans une ville. Voilà comment est né Alone in the Dark.

OKP

- C’est un film également assez drôle ?

J.S.

- Pour moi, l’horreur est indissociable de l’humour. Oui, c’est un film drôle. Regardez le début : le bar à hamburgers s’appelle «Chez Maman», et, après, les «psychos» vont tuer de façon très freudienne.

OKP

- Le fait de tourner une suite avec la revanche de Freddy vous a-t-il handicapé ?

J.S.

- Oui au plan du scénario, qui était moins riche que celui d’Alone in the Dark. Non au plan de la réalisation. De plus, Les griffes de la nuit de Wes Craven était un film très «sérieux». Mon Freddy était plus «drôle». J’y ai introduit des scènes comme l’œil au fond de la gorge ou la naissance de Freddy dans le ventre du garçon.

OKP

- Le film a été une des productions- indépendantes qui a rapporté le plus d’argent ?

J.S.

- Absolument. Et comme je ne voulais pas tourner Freddy 3, j’ai porté mon attention sur les scénarios que l’on me proposait et qui sortaient de l’horreur. Je voulais notamment faire un film policier. Mais rien n’a abouti.

OKP

- Justement, Hidden est construit comme un polar ?

J.S.

- Oui. Si j’ai choisi ce scénario, qui était formidable, c’est à cause de ça. J’avais envie de m’aventurer dans des décors réalistes, de filmer des poursuites de voitures et des scènes d’action.

OKP

- Vous reniez donc l’horreur ?

J.S.

- Surtout pas. Ce qui m’a passionné dans l’histoire de Hidden c’est quand même, et avant tout, les six personnages qui forment un seul «méchant», et le fait que je pouvais traiter le fantastique de façon réaliste.

OKP

- Sauf dans la scène où vous montrez le monstre ?

J.S.

- La scène est, en effet, plus «classique», encore que la nature du monstre et l’«endroit» d’où il surgit provoquent une certaine surprise. Mais, justement, une fois que vous l’avez montré, vous n’avez pas besoin de le refaire. Avec l’horreur, vous pouvez jouer sur la suggestion. Une chose «horrible» arrive : les spectateurs s’attendent à ce qu’elle se reproduise. Mais si vous la montrez trop souvent, vous tuez l’effet de choc.

OKP

- Et, finalement, êtes-vous content de vos scènes de poursuite et de fusillades ?

J.S.

- Oui, assez. Mais la scène dont je suis le plus fier est celle du repas. Parce que c’était la scène la plus dure à faire : du dialogue et de l’exposition. Ce genre de choses peut vous tuer un film si vous la ratez.

OKP

- Reviendrez-vous au film d’horreur ?

J.S.

- Je ne sais pas. Hidden a été bien reçu en Amérique et j’ai de nombreuses propositions. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le film d’horreur a été un excellent apprentissage pour moi, car il m’a appris ce qu’était le «bon cinéma» : l’efficacité, la rapidité, l’ellipse.

Larry Cohen

14 mai, 2015 (08:00) | Articles | By: Vero

Larry Cohen est bien connu des amateurs de films d’horreur. On lui doit des «classiques» comme Le monstre est vivant, Meurtres sous contrôle, Épouvante sur New York, et dernièrement, Les enfants de Salem.

OKP

- Comment êtes-vous venu au cinéma ?

Larry Cohen

Larry Cohen

- J’ai fait des films amateurs, étudié le cinéma à l’école. Puis j’ai écrit pour la télévision, qui avait besoin de beaucoup de scénarios. Vous commencez par là, puis vous traînez sur le plateau, regardez les autres mettre en scène, apprenez à produire un film. C’est la bonne technique pour apprendre à faire un film.

OKP

- Quel a été votre premier film ?

L.C.

- Un film intitulé Bones (devenu Beverly HillsThief pour la sortie vidéo. En fait, c’est un très bon titre, car c’est exactement de cela qu’il s’agit).

OKP

- Vous avez fait ensuite quelques «black movies ?»

L.C.

- Black Caesar, qui a très bien marché. A la fin, le personnage mourait, un peu comme dans Los Olvida-dos de Bunuel. Mais, à la preview, tout le monde m’a insulté. Il fallait changer la fin, seulement le film «sortait» quatre jours plus tard. Aussi, le jour de sa sortie, je suis allé dans les salles, les unes après les autres, pour couper la fin. Heureusement que je l’ai fait, sinon on n’aurait pas pu faire la suite.

OKP

- Le monstre est vivant est devenu un classique du film d’horreur ?

L.C.

- Je l’ai tourné en même temps que la suite de Black Caesar. Pour une question de disponibilité d’acteurs, je tournais la suite de Black Caesar pendant le week-end et Le monstre est vivant du lundi au vendredi. J’avais l’idée de cette histoire depuis mon enfance, bien avant la parution de Rosemary’s Baby. L’idée de départ surtout : un bébé nait et tue les docteurs. Quand je racontais cela, tout le monde se moquait de moi.

OKP

- Le film soulève un problème plus grave : celui des «monstres» et de leur droit à la vie ?

L.C.

- Oui. J’ai toujours pensé qu’un film d’horreur devait être chargé d’émotion et qu’il n’y avait pas de raison pour ne pas faire pleurer le public.

OKP

- La suite. Les monstres sont toujours vivants. a un casting très étrange, de Frédéric Forrest à Eddie Constantine ?

L.C.

- Je voulais les personnages les plus « étranges o pour qu’ils paraissent plus monstrueux que les monstres qu’ils pourchassaient. La chose intéressante dans ce film est que, d’habitude, on poursuit des monstres pour les tuer. Ici, c’est le contraire.

OKP

- Pourquoi avoir tourné un troisième épisode ?

L.C.

- Pour être franc, parce que les deux premiers ont été un énorme succès et que la vente en vidéocassettes a été fabuleuse. Mais ce troisième épisode, Isle of the Dead, est la suite logique des deux précédents. C’est le contraire de ces séries stupides comme Vendredi 13, où on nous ressert la même histoire six fois.

OKP

- Pour moi, votre meilleur film dans le genre est Meurtres sous contrôle, qui a eu des problèmes avec la censure française. Comment est né le projet ?

L.C.

- Ce n’est pas un film blasphématoire. Nous n’avons jamais dit que le personnage était Jésus-Christ, mais que si un «alien» naissait sur notre planète, découvrait qu’il avait des super pouvoirs et découvrait la religion chrétienne, il penserait qu’il est Jésus-Christ. Mais nous avons pris le contrepied de l’imagerie chrétienne. Le «Christ», par exemple, vit dans les caves et non dans la lumière. Quant au style du film, j’ai voulu qu’il ressemble à celui des films noirs des années cinquante, comme La cité sans voiles de Jules Dassin. Laissez-moi vous dire aussi que je n’aime pas du tout le titre français. Mon titre à moi est God Told Me To, c’est-à-dire : «Dieu l’a ordonné».

OKP

- Qu’est-ce qui fait, pour vous, la richesse du film d’horreur ?

L.C.

- Toutes les mythologies, toutes les fables de notre enfance sont peuplées de monstres. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Et la civilisation n’a pas empêché, loin de là, les horreurs, les massacres. Plus le temps passe, plus nous devons apprendre à survivre ; aujourd’hui, c’est contre l’environnement qui se dégrade et nous promet un futur peut-être horrible. La mythologie, c’est toujours l’histoire d’une femme qui donne naissance à un monstre. C’est notre histoire. Et le film d’horreur en parle mieux qu’aucun autre genre.

Donald Pleasence

24 avril, 2015 (08:53) | Articles | By: Vero

Donald PleasenceDepuis le célèbre Impasse aux violences de John Gilling, tourné en 1957,dans lequel il interprétait un inquiétant «récupérateur de cadavres», Donald Pleasence n’a pas cessé de fréquenter le cinéma d’horreur et a tourné avec les spécialistes du genre : Roman Polanski, Gary Sherman, Kevin Connor, Freddie Francis, Peter Sasdy, Dario Argento, Roy Baker, John Carpenter. Il a même présenté une anthologie du genre, Le spectre de la peur.

OKP

- Vous avez tourné beaucoup de films d’horreur, dont L’impasse aux violences, qui est devenu un «cult-movie». Qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

Donald Pleasence

- Je n’ai pas beaucoup de respect pour ce film qui a été tourné en trois semaines. Je crois même ne l’avoir jamais vu. Je l’ai fait à l’époque parce que j’étais libre et que j’avais besoin de travail. Je ne sais pas vraiment comment je suis devenu spécialiste dans les films d’horreur. Mon seul grand rôle sympathique dans les dix premières années de ma carrière a été celui de La grande évasion. Mais, immédiatement après, j’ai tourné dans Doctor Crippen. Le rôle était bon, mais le film, qui n’est ni bon ni mauvais, a été fait de façon très économique: Et je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai été catalogué comme acteur inquiétant. J’ai pourtant refusé de jouer L’étrangleur de Rillington Place, parce que je ne voulais pas incarner un meurtrier célèbre. Évidemment, j’avais tort. D’ailleurs, aujourd’hui, la plupart des films relèvent de la science-fiction ou de l’horreur. Alors, vous voyez, si vous voulez travailler…

OKP

- Vous ne vouliez pas être catalogué comme «inquiétant», mais vous avez accepté Cul de sac ?

D.P.

- Oui. Polanski m’a montré Répulsion et j’ai accepté tout de suite. Mais Cul de sac était une énorme farce. Un film très étrange, dont le tournage a été interrompu six mois et qui a été fini à Londres, en studio.

OKP

- Vous avez tourné plusieurs films avec John Carpenter ?

D.P.

- Je me suis toujours bien entendu avec lui. Quand il m’a proposé Halloween, je ne le connaissais pas. Mais quand j’ai dit à ma fille de treize ans que j’allais faire un film avec lui, elle a sauté au plafond. J’ai compris alors qu’il était populaire, au moins auprès des adolescents. Et puis, nous sommes devenus très amis.

OKP

- Que pensez-vous du dernier, Prince of Darkness?

D.P.

- Je ne l’ai vu qu’hier soir, mais je l’aime beaucoup. Je trouve qu’il a une certaine majesté et qu’il fonctionne bien. Mais j’ai du mal à être impartial.

OKP

- Vous avez également tourné avec Dario Argento ?

D.P.

- Je l’aime beaucoup également. Il est très amical. Le film que nous avons fait ensemble n’a pas eu de succès. L’histoire est complètement dingue (rires).

OKP

- A propos de votre fille…

D.P.

- J’en ai cinq.

OKP

- Une de vos filles, donc, Angela : vous l’avez entraînée dans le domaine avec From Beyond the Grave ?

Donald Pleasence2D.P.

- C’est un bon film, et elle est excellente. En ce moment, elle joue au théâtre une pièce sur Héloïse et Abélard.

OKP

- Vous avez tourné un autre «cult-movie» : Le métro de la mort.

D.P.

- Je ne l’ai jamais vu, mais j’ai pris énormément de plaisir à le faire. On me dit que le résultat est excellent.

OKP

- Et Les diamants de l’amazone ?

D.P.

- Incroyable ! Le metteur en scène était un fou. Et tout le monde était ivre. Techniciens et acteurs commençaient à boire de la téquila à 7 h 30 le matin. Des araignées tombaient des arbres sur nos têtes. Et le réalisateur, un type immense, tirait au révolver. Cela dit, j’ai de bons souvenirs sur ce film.

OKP

- Quel est le film, auquel vous avez participé, qui fait le plus peur ?

D.P.

-Outback de Ted Kotcheft Parce que c’est un film sans espoir qui reflète une réalité terrible sur l’Australie. Le tournage a été très dur. Nous étions au bout du monde. Et le film reflète bien cela : autour, il n’y a plus rien. Que le vide.

Aux portes de l’enfer

6 avril, 2015 (08:51) | Articles | By: Vero

Né au début des années trente avec Dracula et Frankenstein, (voir notre entretien avec Sam Fuller le mois dernier), le cinéma d’horreur est un genre qui a subi de nombreuses fluctuations. Après avoir exploité à outrance les mythes de départ (jusqu’à faire rencontrer, dans un même film, Frankenstein, Dracula et le loup-garou), il s’est un peu perdu dans des histoires répétitives de criminels sadiques ou de monstres sanglants. A la fin des années cinquante, le cinéaste anglais Terence Fisher lui donnait un nouvel essor en réinjectant du sang frais dans les mythes de Dracula et Frankenstein. Avec lui, la souffrance physique devenait un thème de prédilection du genre, et l’horreur basculait dans la cruauté. Peu après, en Amérique, Roger Corman revenait lui aussi aux sources, avec ses illustrations hautes en couleurs des nouvelles d’Edgar Poe. Retour au romantisme et à la distanciation shakespearienne. La censure, toujours vigilante, contrôlant d’assez près les débordements d’hémoglobine. Puis vint-la

AUX PORTES DE L’ENFER«Société libérale avancée» : l’érotisme bifurqua vers le X, et l’horreur n’hésita plus à renchérir sur les effets spéciaux : chairs éclatées ou décomposées, geysers de sang, cannibalisme bien rouge, mutilations en tous genres et un univers composé de monstres plus dégueulasses» les uns que les autres. Après Cannibal Holocaust et ses suites, le public se sentit des troubles de digestion. Le gore à outrance surprenait moins et le désir d’aller toujours plus loin débouchait sur la complaisance, comme dans les films de Lucio Fulci. Le Festival d’Avoriaz 88 a marqué un net renversement des tendances. La violence et le sang sont toujours là, bien sûr, et les effets spéciaux spectaculairement révulsants n’ont pas été mis au placard. Mais nous sommes revenus à une dimension humaine. Derrière toutes ces histoires de meurtres, de possession, de sang, se cachent des sentiments très forts. L’amour et le désir mènent la danse. Et c’est ainsi que Near Dark, de Kathryn Begelow, un film de vampires à la Bonnie and Clyde, devient une variation sur le thème d’Orphée ; que Prince des ténèbres, de John Carpenter débouche sur une explication séduisante du mythe de Satan ; que Le pacte, du nouveau maître de l’horreur, Clive Barker, hausse au niveau métaphysique, une banale histoire d’adultère ; que Chinese Ghost Story mêle le kung-fu aux légendes des amants immortels ; que Hidden de Jack Sholder (qui a remporté le Grand Prix) est un horreur-polar mené à cent à l’heure et doublé d’une histoire d’amitié et d’amour particulièrement émouvante. Et comme, d’autre part, l’horreur est toujours un des domaines les plus fertiles en vidéo, OKP a cru bon de faire le point en laissant la parole à quatre représentants du genre : Donald Pleasence, parce qu’il est l’acteur idéal pour ce type d’histoires ; Larry Cohen, parce qu’il a contribué à renouveler le genre avec des histoires très originales ; Jack Sholder, parce qu’il vient de remporter le Prix à Avoriaz ; et Clive Barker, parce que Stephen King dit de lui qu’il est «l’horreur du futur».

Conversation secrète avec facteur, le vrai

18 mars, 2015 (08:03) | Articles | By: Vero

Harrison FordODB

- Quelle enfance avez-vous eue ?

Harrison Ford

- J’étais… Je lisais beaucoup à dix ans, treize ans. Et après ça, j’ai lu beaucoup moins ; j’étais un assez bon élève.

OKP

- En secondaire ?

H.F.

- Non, en primaire, là où ça ne comptait pas. Après, je suis devenu lamentable. Mon intérêt s’est évaporé.

OKP

- Que lisiez-vous ?

H.F.

- Quand j’étais jeune, je lisais des biographies, des livres d’histoire.

OKP

- Par exemple ?

H.F.

- Je ne me souviens pas, non. Non… L’histoire américaine m’intéressait…

OKP

- Elle vous intéresse toujours ?

H.F.

- Euh… Oui, mais plus tellement. Je n’ai pas eu le temps… Je ne prends pas le temps.

OKP

- Que faisait votre père ?

H.F.

- Mon père était directeur d’agence, dans la publicité.

OKP

- Il est né à Chicago ?

H.F.

- Non. Il est de New York, et ma mère aussi. Ils se sont rencontrés à New York, et ils sont venus à Chicago où mon père avait trouvé un job de pigiste à la radio. De là, il est passé à la publicité. Nous avons été l’une des premières familles de Chicago à avoir un poste de télévision. Pour être franc, je ne me souviens pas à quoi ce poste ressemblait… J’ai eu une enfance assez normale, grise… Sans drame. Une enfance moyenne absolue. Rien d’excitant…

OKP

- D’où vient votre famille ?

H.F.

- Mon père est un catholique irlandais de la deuxième génération. Ma mère est une juive russe de la deuxième génération. J’ai un frère, plus jeune de trois ans. Du côté paternel, il n’y avait personne. Il était orphelin, et il avait été élevé par des nonnes, dans un orphelinat religieux.

OKP

- A quoi vos parents vous destinaient-ils ?

H.F.

- Ils étaient assez intelligents pour ne rien dire. Ils ne m’ont poussé dans aucune direction, j’étais libre. Tout ce qu’ils voulaient, c’est que j’ai une bonne éducation. Ils ont été évidemment déçus par mes classes, comme je l’ai été moi-même. J’ai été renvoyé du lycée trois jours avant l’examen final.

OKP

- Pourquoi ?

H.F.

- Échec scolaire total. Un laisser-aller complet.

OKP

- Total ?

H.F.

- Ma matière principale était la philosophie…

OKP

- Vous aimiez ça ?

H.F.

- Oui. Au début. Puis je crois que j’ai commencé à m’ennuyer. Je dormais pendant la plupart des cours. Les quatre dernières années ont été très mauvaises, et on m’a mis sur la touche.

OKP

- Vous vous êtes senti coupable ?

H.F.

- Oui. Jusqu’à avant-hier.

OKP

- Qu’est-il arrivé hier ?

H.F.

- Je plaisante. Mais je me suis vraiment senti coupable pendant longtemps. J’étais paralysé. Je pouvais dormir dix-huit, vingt heures par jour ! Pour des raisons que je ne comprends toujours pas. Je sortais parfois de ce coma, et j’allais jusqu’à l’école, je posais ma main sur la poignée de la porte de la salle, puis je faisais demi-tour et je rentrais me coucher. J’étais assez dingue, je crois. C’était ma façon de me tuer.

OKP

- Étiez-vous conscient de cela ?

H.F.

- Non. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais, aucune idée de ce que j’allais faire. J’étais perdu.

OKP

- Et autour de vous ? Après tout, c’était le moment des hippies, du flower power…

H.F.

- Non, il y avait peut-être des hippiesen Californie, mais dans le Wisconsin, c’était toujours l’époque Eisenhower. On était très en retard. J’avais joué dans deux pièces, à la fin de mes études, et je devais faire une tournée d’été après mon examen. Mais, étant donné que je n’ai pas passé mon examen… Je voulais partir quand même. Je me suis marié alors — c’était mon premier mariage, et je suis resté marié treize ans…

OKP

- Vous souvenez-vous de votre première pièce ?

H.F.

- Oui.

OKP

-Qu’était-ce?

H.F.

- The Skin of Our Teeth, de Thomton Wilder. J’avais un coussin sur le ventre, du talc dans les cheveux, et c’était formidable ! D’abord, j’ai eu un gros trac, j’étais très timide, et je le suis toujours…

OKP

- Vous n’en avez pas l’air…

H.F.

-C’est pas maladif. Mais oui. J’avais donc les genoux qui tremblaient.

OKP

- Vous aviez des amis, au lycée ?

H.F.

- Peu. Je ne me bagarrais pas, et je n’appartenais pas aux fraternités sérieuses.

OKP

- Comment ça ?

H.F.

- On faisait des surboums. On était des bêtes de surboums.

OKP

- Vous étiez une bête de surboum ?

H.F.

- Ben… Probablement, oui.

OKP

- Comment ça, «probablement» ? Vous ne vous souvenez pas ?

H.F.

- Je n’ai pas de souvenirs très clairs. Je reconstitue tout ça pendant qu’on parle… Je n’en ai pas parlé depuis très longtemps. Je n’y pense jamais. Donc, ça me demande un effort. La raison pour laquelle j’ai choisi philo, c’est que j’avais un copain qui faisait philo. Il y avait différents types de clubs : la fraternité des athlètes, celle des leaders, la mienne était celle des crétins. Genre John Belushi.

OKP

- Que faisiez-vous ?

H.F.

- Rien. C’était là le truc : boire tellement, qu’on en oubliait tout le reste. Je n’en suis pas fier, mais c’était comme ça. Vous m’avez parlé des hippies, et je crois que j’étais aussi «progressiste» que les autres. Mes cheveux étaient longs, j’avais été viré des trucs militaires parce que je refusais de me couper les cheveux, je ne pouvais pas être officier…

OKPHarrison Ford 2

– Vous n’aimiez pas l’autorité ?

H.F.

-Mmmm, oui. Oui. Je ne réagissais pas bien à l’autorité aveugle.

OKP

- Refus total ?

H.F.

- Non. J’étais rebelle. Rien de dramatique. Je ne comprenais pas pourquoi je devais faire ces choses, je n’étais pas heureux.

OKP

- D’où vient votre cicatrice a menton ?

H.F.

- Des années plus tard, alors que je vivais en Californie, où j’avais émigré avec ma femme et ma Volkswagen… C’était en 65… Par là. Nous sommes venus lentement, sans nous presser, de Chicago. Quand nous avons vu l’océan, nous nous sommes arrêtés. C’était un coin près de Los Angeles nommé Laguna Beach. L’un des metteurs en scène de la tournée vivait là. Il m’avait promis de me donner un coup de main. J’ai eu quelques jobs… Mais j’arrive trop loin, revenons à la cicatrice.

OKP

- Des jobs ?

H.F.

- J’ai travaillé dans un grand magasin, «Bullock’s», au rayon peinture à l’huile. Vous vouliez une certaine couleur de peinture, vous m’ameniez un morceau de tissu de votre canapé, je vous trouvais le ton qui correspondait et deux semaines plus tard vous étiez livré. J’y allais, un jour, dans ma vieille Volvo, j’essayais de mettre ma ceinture de sécurité et me voilà dans un virage… Je suis parti sur deux roues, en plein dans un poteau téléphonique.

OKP

- C’était grave ?

H.F.

- Pas mal. La voiture était détruite. Moi, j’avais une coupure au menton. J’aurais dû être tué.

OKP

- Vous avez eu de la chance.

H.F.

- J’ai toujours eu de la chance.

OKP

- Qu’est-ce qui vous a motivé pour quitter Chicago ?

H.F.

- Pour être acteur, je savais qu’il fallait aller à New York ou Los Angeles. Quitte à être pauvre, je préférais être pauvre dans un coin où il y avait du soleil. Donc, en Californie. On a même joué à pile ou face. Pile, New York, face, L.A. C’est pile qui est sorti. Donc, on a recommencé. Et, en arrivant en Californie, on m’a offert un contrat de sept ans.

OKP

- Tout de suite ?

H.F.

- Presque. C’était la première fois que je mettais les pieds dans un studio, j’ai rempli un petit carton, et je me suis éclipsé dans les toilettes. J’allais partir quand la secrétaire m’a appelé, me disant que le type voulait me parler. Si j’avais été dans l’ascenseur, elle ne m’aurait pas couru après… Mais j’étais là, je suis donc revenu. Il m’a dit : «Un contrat, ça vous dit ?». J’ai dit «Qu’est-ce que ça signifie ?» Le type me regarde, et dit : «Cent cinquante dollars par semaine». J’ai immédiatement pensé que c’était au-dessus de mes moyens, avant de réaliser que c’était MOI qui allais toucher les cent cinquante dollars ! Et là, je me suis senti des ailes ! Mon loyer coûtait soixante-quinze dollars par mois, je n’avais pas d’enfant…

OKP

- Vous avez eu une série de petits boulots avant ça…

H.F.

- Voyons… J’ai travaillé pour un marchand de yachts, je nettoyais les bateaux… Je ne me souviens pas du reste…

OKP

- Pizza boy ?

H.F.

- Ah oui. C’est vrai. J’ai fait des pizzas. Chez «Shaky’s Pizza Parlour».

OKP

- Longtemps ?

H.F.

- Jusqu’à ce qu’on me licencie. Je n’en pouvais plus de ce boulot. Au bout de deux semaines, l’odeur même de la pizza me dégoûtait. J’avais envie de vomir. Je sentais la pizza.

OKP

- Saviez-vous faire une pizza ?

H.F.

- Croyez-moi, n’importe quel imbécile peut faire de la pizza. D’ailleurs, il y en a plein. Tout vient en paquets … préfabriqués. Facile. J’attendais mon contrat de chez Columbia. Il leur a fallu presque un an…

OKP

- Vous avez coupé vos cheveux ?

Harrison FordH.F.

- Ils m’ont offert une coupe à la Elvis Presley. Ils pensaient que c’était mon créneau.

OKP

- Sérieusement ?

H.F.

- Ils n’avaient aucune idée sur la manière de m’employer. Leur seule idée était de me façonner d’après quelqu’un. Elvis. Je ne pouvais pas chanter, mais c’est ainsi qu’ils me voyaient. Ça ne me plaisait pas du tout. J’aimais les cours, mais ça n’avait rien à voir avec le travail qu’on nous demandait en réalité. On apprenait à être excellent en classe. Pas sur un plateau. On n’apprenait pas à interpréter un personnage.

OKP

- Quel était votre premier film ?

H.F.

- Dead Heat on a Merry-Go-Round. Je jouais un groom : «M. Jones est demandé, M. Jones, Jones, M. Jones ? Un télégramme. Merci». C’était mon texte.

OKP

- Quel effet ?

H.F.

- Terrible. Terrible. J’étais mal.

OKP

- Qu’est-ce qui vous a fait abandonner ?

H.F.

- L’occasion. J’avais déjà passé un an et demi avec mon contrat de sept ans, et l’un des cadres m’a appelé pour me dire qu’il consentait à me libérer, avec deux semaines de salaire parce que j’avais un bébé en route. Et voilà. Moi, j’ai dit : «Écoutez, je ne suis pas plus content d’être ici que vous ne l’êtes de m’avoir. Merci, mais c’est non, pour les deux semaines». Il m’a viré. Parfait. Deux semaines plus tard, j’étais sous contrat avec Universal. Il faut croire que je n’avais pas encore compris. Là, j’ai débuté à deux cent cinquante dollars par semaine. Pas mal.

OKP

- Y a-t-il eu un rôle gratifiant ?

H.F.

- Pas vraiment. Il a fallu attendre American Graffiti. C’était la première fois…

OKP

- Combien de temps a duré votre congé ?

H.F.

- Je n’ai jamais été complètement en congé. Pas out. J’ai été charpentier pendant huit ans… La dernière fois que j’ai pris mes outils, c’était avant La Guerre des étoiles. Pendant ce temps, j’ai fait Conversation secrète, de Coppola, American Graffiti de Lucas, et The Court martial of Lt Calley pour la télé. C’était le responsable du massacre de My Lai au Viêt-Nam… Je jouais le rôle du témoin à charge. Sous la direction de Stanley Kramer. Je ne travaillais pas souvent pour l’écran, mais ça allait en s’améliorant. Je ne voulais pas être usé par la télé.

OKP

- Mais vous couriez le risque de faire totalement échouer votre carrière…

H.F.

- Pas vraiment. Pas vraiment. Personne n’allait remarquer que j’étais absent, c’est sûr. Mais je voulais de bons rôles. C’était un risque, mais je pouvais pas faire vivre ma famille en ne faisant rien. Ou en étant free-lance, à quatre cent cinquante dollars par semaine, alors que je travaillais une semaine par an ! Je pouvais gagner le double, par semaine, en étant charpentier.

OKP

- Vous connaissiez le métier ?

H.F.

- Oui, un peu. J’ai toujours été habile de mes mains. J’avais acheté une vieille maison, et il fallait s’y mettre. J’ai acheté des outils, et j’ai acquis les connaissances qui me manquaient en allant à la bibliothèque. J’avais même le bleu de travail…

OKP

- Cette période s’achève…

H.F.

- …avec La Guerre des étoiles. Même pendant American Graffiti, j’étais payé au minimum syndical. Lucas m’a regardé, et il m’a donné le rôle. Je ne me souviens pas quand je l’ai rencontré. On était trois ou quatre. Le type qui était dans un coin et qui ne disait rien, c’était lui.

OKP

- Comment avez-vous été choisi pour La Guerre des étoiles?

H.F.

- Pareil. On m’a demandé de faire une lecture, avec d’autres gens, à haute voix. George Lucas ne m’a pas dit que j’avais le rôle tant que cette lecture n’avait pas eu lieu… Il avait en tête deux équipes d’acteurs. Il pensait en termes d’ensemble. Comment les acteurs jouaient entre deux. Il a finalement choisi notre groupe.

OKP

- Le succès de La Guerre des étoiles était-il agréable ? N’était-ce pas agaçant d’être considéré comme Han Solo, le genre aventurier impassible ?

H.F.

- Non, non. J’ai adoré. Le succès m’a permis de choisir d’autres rôles. J’étais enchanté. J’ai fait Heroes, puis Force 10 to Navarone, ce qui était une erreur, mais je ne le savais pas, et j’ai enchaîné avec Hanover Street.

OKP

- Très différent.

H.F.

- Oui. J’étais, enfin, un acteur. Je n’avais plus à courir.

OKP

- Vous étiez un acteur depuis le début, non ?

H.F.

- Oui, mais là, j’étais un acteur employé. Énorme différence.

OKP

- Et riche.

H.F.

- Mieux loti, disons.

OKP

- Vous avez été redécouvert, comme acteur, avec Witness.

H.F.

- Et Mosquito Coast. Les gens me demandent pourquoi j’ai tourné Mosquito Coast, avec ce personnage très ambigu…

OKP

- Pour les spectateurs, vous faites partie de la famille Spielberg-Lucas.

H.F.

- Oui. Avec Les aventuriers de l’Arche perdue… Mais il y a d’autres films que j’ai faits, qui étaient bons, mais qui n’ont pas eu ce succès…

OKP

- Avec Frantic, vous changez totalement de registre: vous jouez un cardiologue, un type un peu coincé.

H.F.

- C’était bien, avec Polanski. Le processus de travail est le même, repérage, répétition… Mais Polanski a une vision très personnelle, il insiste pour être fidèle à ses idées. Il m’a quand même laissé pas mal de liberté. Nos conceptions étaient tellement homogènes, que nous étions à l’aise…

OKP

- Vous avez tendance à sous-jouer.

H.F.

- Je n’y pense pas. Mon but, c’est de raconter une histoire. Le personnage, pour moi, n’est que le moyen de raconter, de le faire passer.

OKP

- Collectionnez-vous des choses ?

H.F.

- Les outils du bois.

OKP

- Où étiez-vous quand Kennedy est mort ?

H.F.

- J’étais sur la route dans le Wisconsin, et j’allais faire des réservations pour mes parents dans un motel, pour qu’ils puissent venir assister à mes examens de fin d’année. J’ai entendu la nouvelle à la radio. C’est vieux, ça… Qui aurait prédit que ma vie allait ressembler à celle que j’ai eue ?